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7 mars 2024

Des caractères qui font parler !

Couverture de l'article sur la dessinatrice de caractère Emilie Rigaud

Vous êtes-vous déjà demandé qui avait dessiné les lettres que vous êtes en train de lire ? C’est un dessinateur de caractères, une dessinatrice en l’occurrence, Emilie Rigaud, dont le métier est de créer des polices… pas lisses ! 😉

Emilie Rigaud, dessinatrice de caractère

Des lettres de caractères !

On les voit tous les jours, pourtant, jamais on ne les regarde. Ça n’est d’ailleurs pas eux qui nous intéressent mais le sens qu’ils ont. Et encore, il faut pour cela qu’ils soient assemblés d’une façon précise. Eux, ce sont les caractères. Si leur style passe inaperçu la plupart du temps, il aide pourtant à donner du… caractère à un texte.

Prêtez attention à la forme des lettres des célèbres logos : Instagram utilise la Billabong ; Facebook a opté pour la Klavica ; Nutella préfère l’Avant Garde Gothic ; Vogue a choisi la Bodoni. Chacune a ses particularités qui la rendent reconnaissable : les créer est un travail d’artiste. C’est celui d’Emilie Rigaud, qui n’est pas typographe (désigne celui qui utilise les polices, donc fait de la mise en page) mais dessinatrice de caractères, un métier beaucoup plus contemporain qu’il n’y paraît.

Une vocation née d’une belle rencontre !

On ne naît pas avec la passion de la typographie. Émilie, elle, était attirée par la création artistique, le dessin animé en particulier. Malgré un bac S, qui la destinait à devenir ingénieur, elle choisit de faire ce qui lui plaît (plutôt que ce qui pourrait lui rapporter) et étudie le graphisme à l’Ecole nationale supérieure des Arts Décoratifs de Paris. C’est une belle rencontre qui va influencer son orientation : « Lors de ma première année, j’ai suivi les cours de Pierre Bernard, qui était un des grands noms du graphisme français – ce que j’ignorais totalement à l’époque. C’est lui, et Philippe Millot, un autre professeur tout aussi génial, qui ont éveillé ma curiosité pour le graphisme« .

À l’heure de la digitalisation et à l’aube de l’avènement de l’intelligence artificielle, on pourrait penser que c’est le genre de métier en voie de disparition. Ça n’est pas l’avis d’Emilie, au contraire même : « Il y a un réel regain d’intérêt, notamment sur les réseaux sociaux, pour la typographie au sens du graphisme. C’est vrai à l’international mais également en France, où de nombreuses formations ont vu le jour. Le gouvernement a même lancé un grand appel à projets pour la création d’un caractère qui sera distribué gratuitement et accompagné de matériel pédagogique afin de sensibiliser plus largement à ce qu’est la typographie ».

Dessiner une lettre ressemble à de la sculpture !

Un métier d’artiste que l’informatique n’a pas vidé de sa substance. « J’utilise encore le crayon et le papier et je fais des allers-retours avec les outils numériques. Créer un caractère, c’est jouer sur les courbes. Avec un ordinateur, on perd l’âme de la main.

Mon travail ressemble à de la sculpture car je travaille sur les contrastes entre le noir et le blanc. « Dessiner une lettre est une chose. Mais créer une police de caractères, c’est inventer 26 lettres, 10 chiffres, les petits caractères de renvoi ou de note, intégrer les accents pour les différentes langues… soit au final 700 signes différents ! Et ce avant même de jouer sur les six « graisses » (l’épaisseur des lettres). Le défi étant que tous les membres de cette famille fonctionnent ensemble. « On dessine en assez grand, environ 5 cm. Mais ce qui est étonnant, c’est que plus on réduit les caractères, plus on voit les problèmes ! »

Police Coline

Un métier plus comme avant !

Le métier de dessinateur de caractère n’était pas mieux avant. Il était même moins bien. « Les outils digitaux d’aujourd’hui permettent à des personnes comme moi de dessiner et de commercialiser des caractères en toute indépendance. Or, nous avons plus de liberté créative que les entreprises graphiques avec des salariés, pour lesquelles il est plus difficile de prendre des risques. » Le nouvel intérêt suscité par cette spécialité permet aussi de gommer un de ses défauts : « C’est un métier dans lequel on peut se sentir seul quand on dessine. Mais j’enseigne à l’ANRT (Atelier national de recherche typographique), j’organise des ateliers et j’échange avec les clients qui utilisent mes polices. Bref, ça n’a rien de monacal ! »

Partageur #2

Si le métier de typographe a piqué votre curiosité et que vous voulez découvrir une des créations d’Emilie, rien de plus simple : regardez attentivement la police du titre PARTAGEUR sur la couverture. Il s’agit de la Coline Premiere, sortie tout droit de l’imagination d’Emilie. Plus jamais vous ne regarderez une lettre comme avant…