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12 avril 2024

De directrice de collection à maraîchère bio : il n’y a qu’un pas ?

Laetitia Ponthieux Ex-directrice de collection LVMH et aujourd'hui maraîchère bio

Ex-directrice de collection chez LVMH, Lætitia Ponthieux est devenue maraîchère bio sur sol vivant. Elle travaille toujours au rythme des saisons, mais plus pour les collections de haute couture, pour les fruits et légumes. Chronique d’un tête-à-queue en pleine nature pour redonner du sens aux choses.

De directrice de collection à maraîchère bio !

Un burn-out en 2009, un second en 2018, le Covid en 2020… Trois chocs successifs qui amènent Lætitia Ponthieux à sortir la tête du guidon et à se demander comment elle peut « sauver sa peau ». L’occasion, aussi, de s’interroger en profondeur sur la façon dont elle veut vivre sur cette planète. La réflexion fait son chemin… En 2021, c’est le grand saut ! Deux ans plus tard, la voilà jeune maraîchère bio de 54 ans installée dans le sud de la Dordogne (24). Une autre personne ? Non, la même… mais ayant fait des choix de vie radicalement différents. Fini la course à l’échalote. Maintenant l’échalote, elle la fait pousser, avec ses mains, dans la terre, au rythme des saisons…

Laeticia Ponthieux, maraîchère bio
©Namy Smathe

Une vie à mille à l’heure dans la haute couture !

Dans sa vie d’avant, son rôle était de faire en sorte que les idées des créateurs et créatrices de mode se concrétisent en collections. Entre 1995 et 2008, Lætitia travaille pour Christian Lacroix. Une époque qu’elle décrit comme merveilleuse : « On bossait comme des dingues, rien d’autre n’existait ! ». Puis elle passe chez Nina Ricci et Jean-Paul Gaultier, toujours avec le même rythme : « Que ce soit à Shanghai ou à Paris, c’était du non-stop – les week-ends, les jours fériés, les nuits blanches, pendant les vacances, comme dans une espèce de fusée. Quand je m’arrêtais, j’étais tellement crevée que je n’en profitais pas…« 

Lætitia réalise aujourd’hui qu’elle vivait dans un confort qui l’éloignait de ce qui était sa vraie nature… proche de la nature. Quand elle regarde en arrière, elle se rappelle que, dans les moments de saturation, elle se disait simplement : « Je vais tout arrêter et partir à la campagne ». Sa conviction ? Se lancer dans le maraîchage parce qu’elle sait que sa place est là. La connexion à la terre, la création d’un écosystème vertueux et harmonieux, l’engagement à produire des fruits et légumes de qualité : autant d’aspects qui ont du sens à ses yeux. Qu’est-ce qui l’a aidée à faire le pas ?

Une décision soutenue par ses proches !

En premier lieu, le soutien de ses amis. Au moment où l’envie s’est concrétisée, tous ses proches l’ont encouragée : « Si je pouvais, je ferais pareil ; tu as raison, c’est génial ; fonce ! ». Elle sait aussi qu’elle avait la chance de bénéficier de bonnes conditions financières : la vente d’un appartement à Paris, ça a fait un apport pour la ferme, les outils… et les premiers salaires. Sans ce filet de sécurité, rien ne garantit qu’elle se serait lancée de la même façon : « C’est difficile de vivre décemment du maraîchage même si, ici, je n’ai plus de besoins matériels ». Une fois la décision prise, un changement de vie, ça se prépare. Lætitia commence par suivre une formation théorique de deux mois aux métiers du secteur bio, puis une formation de terrain chez un maraîcher bio à Châteauroux pendant un trimestre.

©Namy Smathe

L’air frais de la campagne

À son arrivée dans le Périgord, elle ne connaît personne mais suit son nouveau compagnon, Olivier, rencontré dans une formation de permaculture. Sa famille, installée entre le Lot et la Charente, n’est pas loin non plus, ce qui rassure. Les premiers temps sont durs : « La maison, ça a été Beyrouth pendant des mois. Je n’avais même pas de chauffage l’hiver ». Sur les terres, tout était à faire… Alors, oui, sa vie reste laborieuse, mais différemment : une petite ferme à Lalandusse ; des journées au grand air en jean et tee-shirt à sarcler, planter, désherber, récolter ; un stand par semaine sur deux marchés bio ; des paniers livrés à Bergerac… Ses revenus sont passés sous le Smic mais elle dit avoir gagné « une profonde joie de vivre, chaque jour renouvelée ! »

Dans les moments difficiles, Lætitia sait ce qui adoucit la dure réalité : « Le fait d’être ici, rattachée à des choses plus simples, de vivre en pleine nature, d’être en phase avec moi-même et de moins me mentir ! » Sa nouvelle vie est aussi faite de rencontres, beaucoup de maraîchers faisant visiter leur ferme : « Les gens sont très partageurs par rapport au milieu où j’étais avant ». Avec les autres maraîchers bio, elle tisse un réseau local et vertueux. En même temps qu’elle développe son activité, elle aide son compagnon qui a pris un peu d’avance sur elle dans sa propre exploitation. Ensemble, ils élèvent quelques poules et cultivent une grande variété de fruits et légumes su sol vivant.

Vivre de la permaculture

Le choix de la permaculture s’est imposé comme une évidence. « Cela ajoute de la difficulté car on est peu mécanisé mais sur une petite ferme (2500 m² quand tout sera cultivé) le maraîchage bio intensif permet d’exploiter moins de surface et d’en tirer le meilleur. Je pense que la multiplication des micro-fermes en permaculture est une solution pour une agriculture plus respectueuse des hommes et de la nature. » Aujourd’hui, Lætitia est plus fière que quand elle travaillait chez LVMH.

Quand Lætitia cherche dans ses souvenirs les racines de son changement de vie, elle évoque une personnalité marquante : « Celle qui m’a peut-être le plus inspirée, c’est Malène, la mère de ma grande amie d’enfance. Quand j’avais six ou sept ans et que j’allais chez elle, j’étais émerveillée de voir tout ce qu’elle faisait avec ses mains. Elle faisait du tissage, cardait et filait la laine, tricotait, faisait son pain, ses conserves… » Une intelligence de la main qui a fasciné Laetitia et probablement semé, dès son enfance, les graines de sa reconversion.

©Namy Smathe

L’ex-directrice de collection chez LVMH est aujourd’hui épanouie, plus en phase avec elle-même dans son exploitation bio du sud de la Dordogne. Sa vie n’est pas facile, mais ce n’est pas la facilité qu’elle recherchait. Si elle devait donner un conseil à tous ceux qui se posent la question d’une reconversion radicale, ce serait le suivant : « Il est essentiel de faire une bonne formation et d’essayer de toucher du doigt la réalité que ça va être, pour éviter de passer du jour à la nuit… ou de la nuit au jour ! »

En parlant de parcours atypiques, on en connaît d’autres. Moins extrêmes, mais tout aussi challengeant ;)